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28/09/2007

«A un moment, il faut faire des choix»

Décidément, je ne comprends pas la logique de Laporte. Pourquoi préparer un probable quart de finale contre les Blacks, à Cardiff, en accordant une grande part à l'individualisme? Je m'explique: pour convaincre les sélectionneurs de les titulariser en quarts, les joueurs alignés face à la Géorgie vont soit se mettre la pression, soit jouer leur carte personnelle. Face à un adversaire assez faible, la France devrait largement l'emporter. Mais sur le plan collectif, on n'en saura pas plus dimanche soir. On est arrivé à un stade dans la compétition où l'équipe doit emmagasiner de la confiance. Au lieu de cela, on redistribue une nouvelle fois les cartes.

Jouer à Marseille, cela revêt un enjeu sportif et politique. C'est l'occasion de remercier tout le public du Sud-Est pour le soutien qu'il apporte aux Bleus lorsqu'ils jouent au Vélodrome et pour avoir accueilli les Blacks depuis le début de ce Mondial. Qui fait rêver les gamins? Michalak et Chabal. Pour sensibiliser les mômes et les pousser à s'inscrire au rugby, il aurait été judicieux de mettre ces deux joueurs au moins dans le groupe des vingt-deux.

L'exemple du poste de demi d'ouverture est très significatif du flou qui règne autour des compositions du XV de France. Après David Skrela et Frédéric Michalak, c'est Lionel Beauxis qui jouera dimanche. Je suis à moitié ravi par cette nouvelle, car j'aurais préféré qu'il évolue avec Frédéric Michalak en n°9 plutôt que Pierre Mignoni. Bref... Cette semaine, Jo Maso a dit de Beauxis qu'il était le meilleur ouvreur de France. Dans ce cas, pourquoi ne pas l'avoir aligné dès le match face à l'Argentine, pour qu'il engrange de la confiance et de l'expérience?

«Gagner la Coupe du monde à trente», c'est un discours purement diplômatique, pour faire plaisir à tout le monde, pour ne pas faire de vagues. Bernard Laporte a passé toute cette phase de poules à faire des matchs de préparation. Mais à un moment, comme dans tout club, il faut faire des choix. J'ai toujours dit que les quinze joueurs alignés face à l'Irlande constitueraient en grande majorité l'équipe-type. Et là, on repart de zéro. Imaginons que dimanche, la France marque 100 points avec trois essais de chaque trois-quart: je suis prêt à parier qu'ils seront titulaires en quarts sous prétexte qu'ils ont brillé face à une formation modeste. C'est complétement illogique.

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26/09/2007

«Les Temps modernes»

Si la notion de tradition au rugby correspond à une manière édulcorée de décrire le paternalisme des dirigeants, la «modernité», censée caractériser l’après 1995, ne dit rien de plus sur les transformations en cours. L’ère du professionnalisme ne salue en effet jamais une quelconque émancipation des joueurs vis-à-vis de leurs dirigeants, elle célèbre seulement la rationalité économique à laquelle sont désormais soumis les clubs. De toutes les analyses produites depuis cette période, les impératifs de croissance et de développement économiques, la commercialisation des droits d’image prennent systématiquement le pas sur les considérations relatives aux conditions de travail des joueurs. La prophétie de Marcel Martin, déjà évoquée dans le deuxième épisode, et qui indique que «l’expansion du rugby passe par la télévision et l’argent» (1) devient la nouvelle doctrine libérale pour encenser les vertus du marché.

Les recettes économiques propres au monde de l’entreprise sont ici transposées avec application à celui du sport : le marché, rien que le marché. Directeur financier d’un grand groupe pétrolier, et contestataire en son temps de la politique fédérale, la figure de Marcel Martin agrège avec elle nombre de présidents de grands clubs et entrepreneurs de spectacle sportif, pour qui le marché du spectacle rugbystique reste la seule fin. Et pendant qu’on réduit le professionnalisme à un pur problème d’économie, c’est encore une fois la question du travail des joueurs qui passe à la trappe.

A titre d’exemple, le processus de professionnalisation du rugby français a entraîné à partir de 2004 une réelle intensification des cadences de travail. De 43 matchs initialement programmés avant 2004, les rugbymen ont été contraints à en disputer 53 à partir de la saison suivante (2). Cette augmentation a suscité de vives contestations de la part des joueurs qui s’inquiétaient de leur santé. Mais dès que la professionnalisation se situe sur le terrain de la négociation sociale, le statut d’exception sportive est invoqué pour échapper aux contraintes du travail ordinaire. Le vice-président de Ligue Nationale de Rugby déclarait alors que: «Les clubs de rugby n’étaient pas des entreprises normales et que l’on ne pouvait donc se situer dans le rapport de forces patrons-employés.»  (3)

En bref, les revendications des joueurs ne peuvent avoir cours parce que le rugby est un sport. Il faudrait donc à la fois s’inspirer du monde des entreprises quand il s’agit de développer l’économie du rugby, mais se rappeler le paternalisme des anciens pour gérer le volet social de l’activité. De fait, les dirigeants reprochent aux joueurs de se comporter en mercenaires, c’est-à-dire de ne jouer que pour l’argent, mais il leur est paradoxalement interdit de revendiquer de véritables acquis sociaux. Professionnel pour l’économique, traditionnel pour le social, tel serait au fond le rugby moderne. Si celui-ci se place effectivement sous le signe des temps modernes, c’est sans aucun doute ceux décrits par Charlie Chaplin dont il s’agit, dans la mesure où la professionnalisation se traduit parfois par une cadence de jeu infernale : une situation qui a de quoi agacer les rugbymen comme nous le verrons par la suite ! 

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(1) Le Monde du 27 octobre 1999.
(2) Sur le contexte, lire L’Equipe du 17 avril 2004, p. 14. 
(3) L’Equipe du 29 avril 2004, p. 9.

 
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25/09/2007

Prévention, pénalité, carton

Ce week-end, certains ont cru déceler des interprétations variables quant à la règle de l’avantage, notamment lors d’Australie-Fidji. Je ne le pense pas. Mais il faut dire que cette règle est la plus difficile à appliquer, donc la plus facile à contester, car est la plus soumise à une interprétation personnelle, à une philosophie de l’esprit du jeu. Et c’est ce qui explique que ce soit celle qui est la moins harmonisée selon les arbitres.
Elle repose sur deux notions: l’espace (il faut qu’il y ait un gain de terrain important pour ne pas revenir à la faute), le temps (celui au terme duquel on juge une action terminée). A ces deux notion, dont la perception est variable selon les individus, s’ajoute un troisième critère: la gravité de la faute (on reviendra beaucoup plus facilement à un hors-jeu flagrant ou une brutalité qu’à un en-avant).

Lors d’Afrique du Sud-Tonga, on a vu une passe à peine en-avant en bout de ligne annuler un essai tonguien. Là, il s’agit d’une question de perception davantage que d’interprétation. Cela va vite et l’angle de vue de l’arbitre au moment d’une passe est déterminant, encore plus si elle est à hauteur. Dans le principe, un en-avant est un en-avant. Mais dans le subconscient d’un arbitre, il est possible qu’une action de 80m souffre moins d’intransigeance…

Avant France-Irlande, j’avais annoncé un match difficile arbitrer. L’Anglais Chris White a su être très vigilant et a été à la hauteur de l’enjeu. On sent qu’il s’était bien préparé à ce match et qu’il s’attendait à un match serré, en état très attentif sur les regroupements en en n’hésitant pas à sanctionner. Une attitude que j’imiterai si j’avais à arbitrer le prochain et décisif Argentine-Irlande. Selon moi, il faudrait me débarrasser des préjugés sur les deux équipes, leur réputation truqueuse dans les regroupements ou leur âpreté au combat en mêlée. Penser à cela est la pire chose à faire, car on est là pour n’arbitrer que les faits.

Une bonne appréhension de la gradation de la sanction est essentielle dans ce type de match. Sur les mêlées par exemple, il faut laisser sa chance à chacun et ne pas sanctionner troup lourdement trop vite. C’est se mettre une corde autour du cou et avoir la meilleure garantie d’avoir un match qui se finit à 14 contre 14. La communication est tout aussi essentielle. Il faut faire passer quelques messages avant le match, au moment où on vérifie les crampons, puis après la première mêlée, si elle se passe mal. Il y a une échelle d’avertissements à respecter. Explication, prévention, pénalité(s), discours au capitaine, carton.


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24/09/2007

«La priorité, parfaire le collecif»

Cete victoire face à l'Irlande, c'est un grand ouf de soulagement pour tout le monde. Notamment pour les joueurs. On a senti encore un peu de fébrilité en première mi-temps. Mais peu à peu, ils ont tous remporté leurs duels. La première ligne a répondu présent à tous les instants, on a été performants en touche sous l'impulsion de Bonnaire et le coaching a été judicieux, avec par exemple la rentrée de Nallet.

Au chapitre des satisfactions, Jean-Baptiste Elissalde s'affirme en tant que meneur d'hommes et maître à jouer. Julien Bonnaire se transcende au poste de 3e ligne centre. Et en fin de rencontre j'ai vu ma charnière de rêve (Michalak-Beauxis) durant quelques minutes. A peine rentré, Beauxis s'est permis de faire un dégagement de 60 mètres, dans un angle impossible. Je persiste à dire qu'il faudrait mettre Michalak en n°9. Car si on le laisse jouer à l'ouverture, il faut impérativement le soutenir avec un centre qui possède un gros jeu au pied.

Chabal? Je l'ai trouvé performant... à un poste de deuxième ligne. Il s'est adapté aux exigences de ce poste, nouveau pour lui. Il a bien sauté en touche, bien poussé en mêlée. Mais les gens attendent autre chose de lui. Si tu veux le voir percuter, il faut le repostionner en troisième ligne. Et dans ce cas, on peut se demander pourquoi Laporte l'a pris dans la liste des trente.   

En tout cas, bravo à cette équipe de France. Elle a fait ce qu'on attendait d'elle. Reste qu'il faut relativiser ce succès. Les Irlandais étaient trop justes physiquement, trop brouillonts et ils ont eu comportement latin: ils multipliaient les fautes et s'adressaient systématiquement à l'arbitre. Les Bleus, eux, ont fait un gros boulot. Mais aujourd'hui, on n'a pas un collectif suffisamment fort pour bousculer les grandes nations comme la Nouvelle-Zélande ou l'Australie.

La défaite contre l'Argentine, on va la traîner comme un boulet. On a peu de chances de terminer premiers de notre poule. Et tout laisse à penser que notre parcours s'arrêtera contre les Blacks, à Cardiff. Contre la Géorgie, il ne faudra surtout pas se projeter sur ce quart de finale. La priorité, c'est de parfaire le collectif. Dans cette logique, je remettrais les quinze mêmes que contre l'Irlande. Le turnover est possible au niveau des sept remplaçants. Manager le XV d France, ce serait par exemple expliquer à Dominici qu'on ne le met pas dans le XV de départ parce qu'on ne change pas une équipe qui gagne, mais qu'on lui laisse une seconde chance en l'intégrant dans le groupe des 22. Manager, ce serait aussi mettre Sébastien Bruno sur la feuille de match, ou encore expliquer à Pierre Mignoni qu'il n'a plus aucune chance de jouer durant cette Coupe du monde alors qu'il semblait être titulaire en début de compétition...


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21/09/2007

Un peu d’optimisme dans ces chroniques de brutes

Le miracle même ! Devinez qui étaient dans les tribunes, pardon dans les fauteuils jeudi soir au théâtre de la Croix Rousse à Lyon, pour la troisième représentation de Vestiaires: Benoît Dauga et Olivier Merle… Vous imaginez, c’est comme si mes étiquettes paninis prenaient vie…deux icônes, deux idoles…descendues voir Vestiaires…

Déjà, les toucher à l’arrivée pour vérifier qu’on ne rêve pas…puis les laisser s’installer…au bord, bien sûr, pour étendre les cannes… Commencer à avoir peur car à eux on ne la fait pas. Mes vestiaires allaient être passés au crible…et mon «équipe» aussi…D’abord jeter un coup d’œil, sur ces deux spectateurs particuliers, de temps en temps, l’air de rien, aux moments clés du spectacle, la préparation du pack d’avants, la remise des maillots, le haka… pour épier les réactions. Souffrir de sentir les gars un peu en dessous au début… mais bien rattrapés…ouf… Entendre les rires…ça fait du bien. Et enfin quel bonheur de voir ce grand gaillard de la Merluche se lever pour une standing ovation à la fin du spectacle… Il était ému le bougre. Il a adoré les comédiens et il était admiratif de leur performance surtout quand il a su qu’aucun n’avait fait de rugby!

Et eux sur le plateau, quand ils ont vu cette masse leur faire face, je ne vous dis pas l’impression… Benoît, un peu plus réservé, m’a quand même fait un de ces compliments qu’on n’oublie pas, en pesant ses mots avec économie. La sentence est tombée : Juste, c’est juste ! Ce mélange de professionnalisme et d’amateur, c’est juste, très juste. Et pendant ce temps Olivier de raconter aux joueurs, pardons aux acteurs, électrisés, les 10 cm qui ont manqué pour que l’équipe de France soit championne du monde en 1995: le terrain complètement détrempé, le ballon aplati et enfoncé dans le sol…pfuit… Un grand moment de respect et de fraternité entre ces deux mondes. Vive la coupe du monde 2007!

 
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PS : et pour ceux qui doutent de ma légitimité à parler rugby, 1) mon père était international et il a été capitaine de cette équipe de 1954 du FCG championne de France, 2) j’ai joué au FCG pendant 20 ans, et même en nationale A, en troisième ligne, dans les années 70, face aux, Herrero, Le Droff, Estève et autres poids plumes… Avis: on peut parler rugby et faire du théâtre depuis 20 ans!

20/09/2007

«Il n'y a pas de logique»

Face à l'Irlande, ce sera un match couperet. Pour cela, Bernard Laporte a choisi ce qu'il considère être la meilleure équipe possible. Il faut pousser ce XV de France le plus fort possible.On est toutefois en droit de se poser des questions, voire de contester cette composition. C'est aussi ça notre rôle de supporter. J'ai l'impression que la blessure de Fabien Pelous arrange bien les affaires du sélectionneur. Cela permet de mettre Lionel Nallet dans les vingt-deux, même si on a du mal à comprendre pourquoi il n'est pas titulaire. Thierry Dusautoir est aligné d'entrée alors qu'au départ, il ne figurait même pas dans la liste des trente. Et on remet une ligne des trois-quarts qui a été bonne contre une équipe namibienne facile à manoeuvrer. Je ne pense pas qu'on puisse tirer de conclusions après la victoire de dimanche. Aujourd'hui, on met donc la Namibie sur le même piédestal que l'Irlande, une nation majeure du rugby.

En huit années sous l'ère Laporte, il n'y a pas de logique. On prend les matchs après les autres. Ce critère de la forme du moment doit être utilisé, mais à dose homéopathique. Du coup, on écarte des gens comme Jauzion et Rougerie. Ils ont pourtant fait leurs preuves. Dans une rencontre comme celle de vendredi, leur expérience aurait été d'une grande utilité. L'idéal aurait été de constituer une équipe de France en panachant les joueurs d'expérience et ceux qui se sont montrés performants face à la Namibie. Pas de tout baser sur un seul succès. Prenez l'exemple de Frédéric Michalak. Dimanche, il a mutliplié les relances à la main depuis son camp. Contre l'Irlande, je ne suis pas sûr qu'il pourra reproduire cela. Il devra davantage occupé le terrain par une bonne gestion au pied. Et ce n'est pas son point fort. Du coup, on a mis Traille comme premier centre pour pallier ses carences au pied. Alors qu'une charnière Michalak-Beauxis aurait fait des étincelles.

Ce qui m'ennuie, c'est qu'on ne cherche toujours pas à construire une véritable équipe-type. Simplement à contourner des manques en mettant untel à telle place. Mais on n'a plus le temps de mettre en place plusieurs stratégies. Et ce n'est certainement pas l'Irlande qui nous en laissera l'opportunité. Ce XV du Trèfle m'inquiète un peu. Je m'étonne que l'entraîneur ait écarté Stringer (le demi de mêlée) pour une rencontre si importante. Mais à l'image de la France après sa défaite contre l'Argentine, c'est une bête blessée. Les Irlandais peuvent prendre l'eau, comme ils peuvent se réveiller à tout moment. Et puis ils savent comment nous battre après notre défaite face à l'Argentine. D'autant plus qu'ils possèdent des joueurs aux mêmes caractéristiques que les Pumas.

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19/09/2007

Le rugby professionnel en France : entre nostalgie et modernité

3. Les années de transition

 

Par rugby traditionnel, de terroir et autres expressions, il faut donc comprendre exploitation rationnelle d’un marché du travail quasi clandestin. Et la célébration des fameuses troisièmes mi-temps de cette période est comme un arbre qui cache la forêt en voulant faire croire, à qui veut bien l’entendre, à la magie du monde (rugbystique). Ce contexte permet de comprendre pourquoi les présidents des grands clubs n’avaient guère intérêt à rendre officielle la professionnalisation qu’ils couvaient : ils auraient couru le risque de perdre le contrôle de joueurs relativement asservis à l’ordre dirigeant paternaliste.A l’inverse, on comprend aisément que ces mêmes joueurs avaient pour leur part tout intérêt au contraire, à savoir pousser dans le sens d’une officialisation, pour se libérer de l’emprise et de la tutelle endémiques de leurs dirigeants. Alors qu’ils étaient les producteurs du spectacle, ils n’en touchaient pas les dividendes. C’est le sens de la métaphore du pâtissier et de son gâteau employée par Didier Codorniou : «le temps est venu de partager le gâteau et d'en donner une part à ceux qui le font!» (1)

Ce climat explique la raison pour laquelle, pendant la coupe du monde de 1995, les joueurs de l’équipe de France ont fermement pris position en faveur du professionnalisme. Le contexte international fournissait une occasion unique de faire valoir leur droit à la part du gâteau qu’ils contribuaient à fabriquer (2). Comme à l’habitude, les analyses du sens commun ont toutes crié à la vénalité de joueurs mercenaires, pensant désormais plus à s’enrichir qu’à jouer. Alors qu’on imaginerait mal Johnny Halliday se produire sur scène sans toucher l’argent des recettes, les rugbymen internationaux se trouvaient pourtant dans une situation analogue où les recettes des matchs revenaient à la fédération. L’enjeu résidait ainsi dans le contrôle et la maîtrise des conditions de travail et la démarche relevait d’une stratégie d’émancipation vis-à-vis de dirigeants tout puissants qui détenaient tous les leviers du la production du spectacle sportif sans les partager avec les producteurs réels, c'est-à-dire les joueurs eux-mêmes.

Il serait naïf d’imaginer que la conquête des moyens de production par les joueurs s’est effectuée d’un seul coup après 1995. Plusieurs années de transition ont été nécessaires pour voir émerger un corps de joueurs professionnels à part entière, relativement autonomes et indépendants dans la gestion de leur travail et des fruits de celui-ci (3). Si on considère la pluriactivité, c'est-à-dire le fait de devoir cumuler un emploi pour compléter la pratique du rugby, comme un indicateur ou caractéristique du rugby traditionnel, on peut alors conclure que la conquête n’est pas encore arrivée à son terme. Le rapport publié en 2007  par le syndicat des joueurs professionnels Provale sur la reconversion des rugbymen montre en effet que 88,1 % des joueurs de l’échantillon (n=160) ont connu la pluriactivité pendant leur carrière entre 1995 et 2004. Autrement dit, les joueurs d’après 1995 ont du continuer de jongler avec une pratique sportive de plus en plus exigeante et des emplois complaisamment offerts par leurs clubs, sponsors et autres investisseurs institutionnels. Dire donc que le rugby a radicalement basculé dans la modernité et le professionnalisme du jour au lendemain est un abus de langage: l’émancipation des joueurs ne s’est effectuée que très progressivement.

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(1) Citation reprise par Jean-Pierre Dorian et Thierry Magnol, L'argent secret..., op. cit., p. 17. Elle est également rapportée sous la forme suivante : "nous sommes les pâtissiers mais nous n'avons pas le droit de manger du gâteau…", L'Equipe Magazine n°1115 du 4 octobre 2003, p. 50. 
(2) Sur ce contexte, voir Fleuriel, S. (1997), 'Formes de résistance à l'emprise économique sur le sport: un "esprit national" face au marché mondial', Lendemains, 22, 88, 27-38.
(3) Sur cet aspect, voir Fleuriel, S. (1999), 'Le rugby d'élite français et le marché professionnel : d'une coupe du monde à l'autre (1995-1999)', in Raspaud, M. (ed.), Le management du sport et l'Europe : les acteurs, entre concurrence et coopération, Ronchin, Société Française de Management du Sport.

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Retrouver les deux premiers épisodes: La professionnalisation ou la rhétorique du changement et Le paternalisme à l'ancienne

18/09/2007

«J'attends Laporte au tournant»

Je tiens d’abord à féliciter cette équipe de France. Elle fait enfin partie des nations majeures dans cette Coupe du monde, puisqu’à l’instar de la Nouvelle-Zélande, de l’Afrique du Sud et de l’Australie, elle a réussi à inscrire beaucoup de points dans une même rencontre. Les Français ont surtout été très bons mentalement, en affichant un état d’esprit club. A mes yeux, la Namibie a quand même fait une opposition très honorable. D’autant plus qu’elle a joué les trois-quarts du match à quatorze. L’essai des Namibiens est venu récompenser leur belle résistance.
 
Concernant les Bleus, je ne suis pas tout à fait rassuré car pour moi, il y a clairement un paradoxe entre l’équipe qu’on a vue face à l’Argentine et celle qui était alignée dimanche soir. Certes, le contexte et l’adversaire étaient différents. Mais je n’ai pas du tout reconnu la patte Laporte, basée sur la logique du bloc contre bloc. Non, dimanche soir, j’ai surtout reconnu la patte toulousaine, avec un jeu debout fait de prises d’initiative, d’impact et de créativité. La triplette de derrière (Heymans, Clerc et Poitroneaud) a eu la mainmise sur le jeu. Et la charnière Michalak-Elissalde, sans faire un match exceptionnel, a bien fait jouer ses coéquipiers dans les intervalles.
 
Cette équipe de France m’a fait plaisir à voir. Mais je m’interroge. Pourquoi Bernard Laporte n’a pas aligné ces joueurs-là dès le match face à l’Argentine? Je ne comprends pas sa logique. Il a eu huit ans et des moyens colossaux pour préparer ce Mondial. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr qu’il soit certain de ce qu’il veut faire. Je l’attends au tournant contre l’Irlande pour savoir comment il va gérer son groupe. Comment va-t-il expliquer à un Nallet ou à un Szarzewski, très performants face à la Namibie, qu’ils doivent céder à nouveau leur place à Thion et à Ibanez?
 
A l’heure d’aujourd’hui, on ne peut avoir aucune certitude pour dégager une équipe-type. Ces doutes proviennent du staff. Certains joueurs ne jouent pas à leur vrai poste, et il serait dangereux de les changer de place maintenant. L’équipe soi-disant B a tiré son épingle du jeu, les trente joueurs ont rempli leur contrat. Ca va être un vrai casse-tête pour le sélectionneur, car il ne faut pas briser cette dynamique. Mais il faut trancher. Si on l'avait fait dès le début de cette Coupe du monde, ce serait plus simple à gérer. Là, on n’a plus le temps de façonner une équipe en fonction de l’adversaire. Il faut impérativement dégager un «quinze-type» au plus vite. Point barre. Si la France veut encore espérer aller au bout, c’est cette semaine que ça se joue.

 

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17/09/2007

France-Irlande va être difficile à arbitrer

Ce week-end, les cartons ont été sortis là où ils étaient rangés la semaine d'avant. Les plaquages dangereux non sanctionnés durant les matchs ont été cités et condamnés. cela a influencé les arbitres, qui ont dès lors été sensibilisés et vigilants.La règle est la règle et tout acte volontaire dans le but de faire mal doit être fermement et autoritairement sanctionnés. Dans la pratique, le jaune s'impose. Mais dans le cas du Namibien face à Chabal, il vient d'être averti oralement et récidive quasiment dans l'instant. Il n'y a pas d'autre solution que de sortir le rouge. Mais on ne peut pas dire que cela désavantage forcément les petites équipes, on voit des cravates et plaquages dangereux régulièrement en championnat de France...

Canada-Fidji a montré une nouvelle fois les limites de l'arbitrage vidéo, du moins son caractère jamais irréfûtable. Malgré l'assistance sensée être implacable des images, il est impossible de déclarer cet essai valable ou pas. Les textes prévoient la saisine du juge vidéo mais laissent la supprématie de la décision à l'arbitre de champ. Et si aucun des deux n'est sûr, le doute doit profiter à la défense. Au final, cela prouve surtout que l'aspect humain, la part d'indécision et la marge d'erreur demeurent...

Je ne pense pas quel'arbitre de France-Irlande, l'Anglais Chris White, va surveiller plus les uns que les autres. Mais une chose est évidente: la haute surveillance va être déclarée. Ce type de match où tous les ballons sont disputés est très difficile à arbitrer. Je pense notamment aux zones autour des regroupements, qui vont être le lieu d'âpres combats au sol, où la règle sera compliquée à appréhender.

Enfin, on remarque la quasi-absence de passages à vide dans le jeu. D'abord parce qu'ils ont été règlementé de façon harmonisée depuis cinq, six ans, et qu'ils sont depuis sérieusement surveillés. Ensuite, on se rend compte que ce type de leurre n'est plus efficace, les défenses s'étant adapté depuis...


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Le XV de la rénovation

Petit inventaire des sujets brûlants avant France/Irlande. D’abord les points durs, la charnière et la seconde ligne. En charnière, il n’y a selon moi plus débat. Même si l’opposition n’est évidement pas la même entre l’Argentine et la Namibie, je suis un partisan sans réserve du tandem toulousain à la houlette du jeu français.  Rapide, créative et parfois même imprévisible, la charnière Elissalde/Michalak s’impose à mes yeux, comme une évidence. En seconde ligne, j’affirme que le débat ne concerne qu’un poste: qui à côté de Nallet? Et là je penche pour Thion et les garanties qu’il offre en touche comme au combat. Et Chabal me direz-vous? Je le remettrai en troisième ligne sans hésiter. Il faudra broyer les irlandais devant. On en a les moyens, utilisons les.

Ensuite les aménagements.En troisième ligne, c’est Dusautoir et Betsen que je collerai autour de Chabal. Je ne crois pas que ce soit nécessaire de dire pourquoi. Devant, au talon, je prendrai Szarzewski plutôt qu’Ibanez. Il montre une qualité d’engagement et une performance dans tous les secteurs du jeu, qui le rendent légitime à revendiquer la place de numéro 1 au poste de talonneur.

Pour le reste, aux ailes le débat se limite à qui de Clerc ou Heymans aux côtés de Rougerie. Dominici est à mon sens un poil en dessous. Derrière, on revient ou on reste, peu importe, aux choses sérieuses: on garde Poitrenaud. Au centre on joue «sécurité sociale» avec Jauzion/Traille pour faire face à la redoutable paire irlandaise.

Bilan? J’anticipe les cris d’effroi devant le sacrifice de cadres opéré dans une telle équipe. Pelous, Ibanez, Dominici out! Quel outrage. Ils sont tellement obsédés par la rénovation ces socialistes, qu’à peine la trentaine passée, ils vous mettent au placard! Soyons sérieux. «L’expérience» a finalement peu pesé dans la rencontre clé, celle du match d’ouverture. Parions dés lors sur l’enthousiasme et la performance.

A ceux qui pestent déjà contre cette intrusion inadmissible d’un «socialiste» dans le processus de sélection de notre équipe nationale, je vous livre ce commentaire «perfide» qui m’était adressé récemment : «S’il devait y avoir un XV socialiste, ce serait le XV de la Rose. Pas de bol! Celui là s’est révélé impuissant et sans ressources devant l’Afrique du Sud.» Quand c’est noir, c’est noir.


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NDLR: Il ne s'en vante pas, mais Benoît Hamon a certains mérites de sélectionneur, comme en atteste les archives de son blog 

15/09/2007

«La France est une bête blessée»

La rencontre match face à la Namibie sera importantissime. Ce match sera celui du rachat. Les Français auront le devoir de gagner, avec la manière. Le groupe retenu pour dimanche me semble cohérent. Il est fidèle au plan de route fixé avant la compétition dans la mesure où les douze changements opérés permettront de créer une émulation.

Jouer à Toulouse, dans la capitale du rugby, c’est pour moi un joli clin d’œil à Guy Novès (l’entraîneur du Stade). Douze Toulousains évolueront devant leur public, devant leurs proches. C’est pour moi un formidable atout. Je suis persuadé que le collectif toulousain permettra de sortir le XV de France de l’impasse. La charnière Elissalde-Michalak devra s’affirmer. Les deux joueurs ont le caractère pour imposer leurs qualités d’improvisation, de spontanéité et de créativité. Ils ont une lourde responsabilité et ce n’est franchement pas un cadeau. Je suis également heureux de voir qu’avec Jean-Baptiste titulaire et Lionel (Beauxis) sur le banc, le XV de France ne sera pas dépourvu en buteurs. En revanche, je ne comprends pas le choix du capitanat. Laisser Raphaël Ibanez au repos, c’est compréhensible. Mais pourquoi laisser Fabien Pelous (le vice-capitaine) et Serge Betsen (capitaine face à l’Angleterre au mois d’août) sur la touche. Confier à Elissalde les clés du camion en pleine compétition me semble totalement illogique. Ce choix dénote du flou qui règne autour de l’équipe de France.

L’épisode de la lettre de Guy Môquet me désole. On est en train de récupérer politiquement la Coupe du monde de rugby. En 1999, nous avions su conserver notre intimité. On a vécu plein de choses entre nous et j’ai tout gardé pour moi. Aujourd’hui, le rugby est devenu professionnel et il ne faut pas s’étonner que les médias fassent des reportages. Si cela blesse certains joueurs, qu’ils se le disent entre eux. A un moment donné, ils doivent être capables de gérer leur image. Les Blacks, eux, sont archi-favoris. Et on peut les croiser au coin d’une rue à Marseille ou en train de faire des activités.

La Namibie, nous l’avions déjà affrontée dans les mêmes conditions, lors du Mondial 1999. Eux ne voulez pas prendre une valise et nous, nous voulions nous rassurer après une timide victoire face au Canada (33-20). La rosée rendait le ballon glissant et on n’arrivait pas à aligner les passes. En voulant envoyer du jeu, nous n’avions pas rassuré le public, qui nous avait sifflé. Et ce malgré la victoire 43-13. Cette fois, il faudra respecter les fondamentaux, être efficaces en conquête, pour ensuite amener du panache. S’ils y parviennent, on leur pardonnera leurs petites erreurs. Je suis convaincu que les Bleus feront le plein de confiance. L’équipe de France est une bête blessée. Et en tauromachie, les bêtes blessées sont les plus dangereuses. Je ne ferai pas de pronostic. Cela signifierait que l’on doit craindre la Namibie. Il y a quinze jours, on était présenté comme les favoris pour le titre mondial. On va quand même pas commencer à avoir peur de la Namibie.


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12/09/2007

Le rugby professionnel en France : entre nostalgie et modernité

2. Le paternalisme à l’ancienne

Le couple d’opposition tradition/modernité a ainsi permis d’entendre vendredi 7 septembre 2007 sur France Culture un Daniel Herrero chanter les vertus d’un « rugby cassoulet » à l’ancienne. Le verbe haut, l’accent méridional, les expressions imagées donnaient envie à l’auditeur de se jeter à son tour dans la mêlée pour vivre cette « grande aventure humaine » qu’était le rugby d’autrefois. En jouant sur la corde sensible, Herrero rallie spontanément tous ceux qui pensent que «le pognon» est le malheur de toute chose pour les valeurs du rugby.  Dans le même temps, la professionnalisation est régulièrement présentée comme une évolution inéluctable (1) qui a pu faire dire à Marcel Martin, directeur des coupes du Monde de rugby et ancien vice-président de la fédération française, la remarquable prophétie selon laquelle «l’expansion du rugby passe par la télévision et l’argent» (2).

Ces analyses sont excessivement simplistes. Elles renvoient dos à dos des tendances qui semblent en apparence contradictoires : en résumé, le rugby d’hier se heurte au rugby de demain. Tendances opposées en apparence seulement, car ces analyses ont bien toutes deux pour fonction de passer sous silence d’autres aspects tout aussi importants pour le monde rugbystique.Pour commencer, le fait est que, contrairement aux idées reçues, le professionnalisme n’a pas débuté d’un coup de baguette magique après 1995, mais bien avant, sous une forme larvée et bien plus pernicieuse. Qu’on le désigne par les termes d’amateurisme marron ou de professionnalisme déguisé, ces pratiques étaient bel et bien réelles au niveau de l’élite avant 1995 sous la forme d’avantages en nature, de défraiements divers et d’emplois plus ou moins fictifs.

Cependant ni les économistes, ni les sociologues, ni les historiens ne se sont réellement donné les moyens de mesurer objectivement l’ampleur du phénomène. Du coup, sans travaux de recherches sur la question, et surtout sans résultats probants, le phénomène n’a pas eu d’existence officielle. Seuls les témoignages des joueurs «d’avant» qui, aujourd’hui peuvent dire librement les choses parce que les enjeux sont passés, viennent attester l’existence réelle d’un professionnalisme déguisé. Fabien Galthié ne dit rien d’autre dans l’ouvrage déjà cité de Jean-Pierre Dorian et Thierry Magnol: «Avant, le rugby pouvait vivre caché. On parlait d’aide à l’insertion à l’époque. On te donnait un job, on aidait ta famille, le boucher-charcutier du coin te reconnaissait, t’aimait, te chérissait, et c’était le top […]. Après 1995, on a reçu des feuilles de salaire ! C’est à la fois dérisoire et essentiel.» (3)

Au fond, l995 et l’ouverture au professionnalisme n’ont fait que rendre plus claires et licites des pratiques qui, jusqu’ici, ne l’étaient pas. Les présidents de clubs se comportaient en petits patrons paternalistes en ayant sous leur coupe des joueurs peu enclins à discuter d’arrangements jamais couchés sur le papier par contrat et donc soumis à l’arbitraire des dirigeants. Ce type de fonctionnement, inlassablement décrit sous la version enchantée de la famille ou de la communauté intégratrices, avait donc pour conséquence d’assujettir sérieusement les rugbymen à l’ordre dirigeant. Alors que les clubs vivaient des prestations des joueurs, le paternalisme ambiant parvenait à renverser les choses en faisant croire que c’était le joueur qui était redevable de son club.  Ainsi un ancien international de cette période pouvait déclarer en parlant des dirigeants de son club qu’ «il leur doit beaucoup » et « que le rugby représente toute sa vie» (4): un bel exemple de dépendance et de servitude…

 

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(1) Cf. par exemple l’article du Monde du 8 septembre 2007 « Le rugby entre dans le sport business »
(2) Le Monde du 27 octobre 1999
(3) Dorian, J.-P. and Magnol, T. (2003), L'argent secret du rugby, Paris, Plon, pp. 47-49.
(4) Entretien du 26 septembre 1995

 

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Retrouver le premier épisode: La professionnalisation ou la rhétorique de la modernité

Lire le Cid ou Horace plutôt que Guy Môquet

Quand je pense que vendredi dernier on a arrêté les répétitions de «Vestiaires» à 20h30 donc plus tôt pour suivre France –Argentine… et encourager les "petits" comme aurait dit Roger Couderc… Quelle erreur… Et oui les Pumas ont gagné. Logique. Ils avaient envie de jouer au ballon, eux, de s’amuser à faire tourner en bourrique les autres….eux, pas nous…Et puis si c’est vrai que Laporte a lu aux joueurs la lettre du jeune résistant communiste Guy Môquet avant d’entrer sur le terrain…on peut penser que c’est normal… Cette lettre il l’a écrite juste avant d’être exécuté… Laporte aurait été bien inspiré de ne pas suivre l’exemple de son futur patron. Les recettes des "vainqueurs "sont tellement débiles… Et on voudrait nous faire croire que manager une équipe c’est comme entraîner un commando…Faire pleurer les gros en pensant au drapeau…Si c’est ça le rugby moderne, je rigole. Si c’est ça la société moderne, alors là, je ne rigole plus du tout !

Nous, par contre, on a bien commencé notre tournoi hier au théâtre de la Croix rousse à Lyon, le terrain était souple, le public derrière nous. Bref en 80 minutes c’était plié et on avait gagné. Il est vrai que moi, j’avais simplement rappelé à mes acteurs qu’il fallait se faire plaisir. Oublier la tension et les efforts fournis… Jouer, quoi! Pas aller à la guerre. Et puis même si beaucoup de nazis avaient pris la direction de l’Argentine, c’est quand même un peu insultant que de comparer l’équipe des Pumas aux militaires allemands! Voilà où mènent les amalgames simplistes d’une droite qui veut s’afficher sans complexe, mais qui n’affiche que son inculture et finalement sa barbarie (qui en est toujours le corollaire ne l’oublions jamais…): La vie est un combat, seul les vainqueurs ont droit de cité, l’autre est un ennemi potentiel qu’il faut renvoyer chez lui (ou dans ses 22), et en tout cas il faut se préparer à la guerre dans un monde impitoyable….

Faire monter la peur… Recette bien connue en politique… apparemment mal transposée en rugby, même professionnel.  Il est vrai que la peur, même si on fait semblant de l’oublier, induit bien souvent l’immobilisme et la panique…Un peu le jeu de cette drôle d’équipe de France finalement, non? Pour la suite, je suggère à Laporte, qui sans doute manque d’idées en la matière, de leur lire des passages du Cid, ou d’Horace, de Corneille, au moins les gars pourront rêver un peu avant d’entrer dans l’arène… cette obscure clarté qui tombe des étoiles… J’imagine déjà le Pelous essuyer sa larme... Mais je suis sûr qu’il va choisir Déroulède et son petit tambour… contre l’Irlande ça promet une sacrée gigue… Au fait le demi de bière à 7 euros avant les matches… ça ne vous donne pas des envies de flinguer les vainqueurs des tiroirs-caisses…

 

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11/09/2007

Une question de perception

Mon rôle n'est pas de charger les arbitres de cette Coupe du monde, bien au contraire. Comme certains l'ont remarqué, il y a eu lors de France-Argentine beaucoup de combat au sol, et ce jeu-là n'est pas facile à arbitrer.  La simultanéité des soutiens et la défense debout rendent les mouvements difficiles à saisir. Quand une équipe subit, comme ce fut le cas des Italiens et des Japonais, les rucks sont évidents et le jeu continue, se ralentissant rarement. Et quoi qu'on en dise, la Fance a aussi subi contre les Pumas. Il est alors difficile de faire croire à l'arbitre que l'adversaire triche. Et on est plus enclin à surveiller une équipe qui ne produit pas de jeu.

On a aussi entendu que les Argentins partaient souvent avant le coup de pied lors des innombrables chandelles. Honnêtement, c'est difficilement identifiable et, comme souvent pour cette phase de jeu, l'on se rend compte avec des images arrêtées que ce que l'on croit percevoir en temps réel n'est finalement pas la réalité. Et il faut nous reconnaître la possibilité d'user du bénéfice du doute. Tout est question de perception.

Sur les accusations d'arbitrage à deux vitesses, selon que l'on soit une grande ou une petite nation de rugby, le point de vue est toujours aussi important. Si sur l'essai samoan refusé contre les Sudafricains, le faible semble défavorisé, le plaquage en cathédrale (les pieds par dessus la tête) de l'Américain sur l'Anglais Olly Barklay méritait un carton rouge. Il ne faut pas céder au procès d'intention et concevoir que d'une façon générale, le plus faible fait plus de faute. En outre, même à 90-0, un essai accordé au perdant en fermant les yeux sur une légère faute vous sera reproché et aura des conséquences sur la suite de votre compétition.

Sur les matchs de ce week-end, on ne peut que constater que le déséquilibre persiste entre deux rugby, celui des pros et celui des amateurs. Toutefois, on ne peut que se féliciter de l'envie de jouer des «petits» et du peu de pénalités et de fautes techniques sifflées. Si l'esprit me semble bon, le fossé se situe au niveau du physique. Les joueurs ne tiennent qu'une heure de jeu, avant de s'effondrer. Une conséquence aussi des nouvelles règles de décompte chronométrique, qui ont sensiblement fait augmenter le temps de jeu effectif.

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10/09/2007

«Cette défaite me met en colère»

Cette défaite face aux Pumas me met en colère. L’équipe de France n’a pas le droit de gâcher une si belle fête. Le scénario n’a pas été celui qu’on espérait car on n’a jamais imaginé perdre. On a eu un excès de confiance. En 1999, on avait nous aussi connu des débuts difficiles, face au Canada. La différence, c’est que même si on n’était pas bons, on gagnait les matchs. Et puis nous avions des bases, un vrai système de jeu. Ca ne semble pas être le cas cette année.
Sur le plan collectif, c’est le flou le plus total. Je me pose beaucoup de questions sur le plan de jeu des Bleus. On aurait dit qu’ils n’avaient qu’une seule corde à leur arc. Quand c’est la cinquième défaite en six matchs face à la même équipe, il faudrait peut-être songer à changer de stratégie. Contre l’Argentine, on a systématiquement cherché l’affrontement. Les Pumas, ça fait plusieurs mois qu’ils disent comment ils vont nous battre. On a bien vu que le plan A n’a pas fonctionné. Pourquoi n’avait-on pas de plan B, qui aurait consisté à jouer sur la largeur, à créer du jeu ?

Avec un peu de recul, je pense que les performances individuelles n’ont pas été si mauvaises face à l’Argentine. Mais je ne peux pas accepter qu’on remplace un capitaine (Raphaël Ibanez) quand le XV de France est dans la difficulté. Un cadre, on le sort éventuellement quand son équipe mène largement au score, pas quand elle perd. Et puis pourquoi on n’a pas incorporé du sang neuf plus tôt durant la rencontre ? Non, vraiment, ce coaching est une énorme incompréhension pour moi.

Et j’aimerais bien savoir qui bute dans cette équipe. David Skrela? Il donne tellement défensivement qu’il n’a plus l’énergie et la lucidité au moment de taper des pénalités. Frédéric Michalak? Il n’est plus buteur dans son équipe. Pour moi, Jean-Baptiste Elissalde et Lionel Beauxis sont des buteurs réguliers.

J’ai lu que les joueurs français avaient été tétanisés. Je veux bien le croire, mais certains ont quand même joué la finale du Mondial 2003 et ont fait de grosses tournées en Nouvelle-Zélande. Alors la pression… L’Australie, l’Afrique du Sud et les Blacks, eux, n’ont pas fait de détails. C’est branlée, point barre. L’équipe de France est favorite, non? Si elle ne le supporte pas, on n’a qu’à la déclasser.

Maintenant, il faut effacer l’échec, aller de l’avant et intéresser tout le monde. C’est là que le management de Bernard Laporte et de Jo Maso sera prépondérant. Les Namibiens, ils ne vont rien lâcher et vont jouer avec du cœur. Nous devrons respecter certains fondamentaux, à savoir avoir une énorme conquête et aller au combat. Il faudra rester humbles mais ne pas avoir peur de la Namibie. Sinon, on n’a rien à faire en Coupe du monde.

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07/09/2007

Les contestations seront sanctionnées

Ce match France-Argentine donnera le tempo en matière d'arbitrage. C'et l'Anglais Tonis Pretburg qui officiera. Il est très expérimenté, il a l'habitude des grands rendez-vous, des matchs à enjeux. Il sera chargé d'appliquer les consignes, notamment en matière de protestations. Durant ce Mondial, tout joueur ou entraîneur qui contestera une décision arbitrale sera sanctionné. Cela peut aller du simple avertissement verbal à l'exclusion temporaire. Cette gradation dans les sanctions, c'est ce qui protège l'arbitre. Ca lui donne aussi une certaine autorité. Culturellement, les arbitres de rugby sont respectés par les joueurs, qui communiquent beaucoup avec lui.

En cas de doute pour un essai, on aura recours à la vidéo. Un arbitre vidéo sera dans les tribunes ou en car-régie pour décortiquer une action ligitieuse et communiquera avec l'arbitre central via une oreillette. Cela fait près d'une dizaine d'années que la vidéo est utilisée. C'est un vrai progrès dans la mesure où cela apporte une unité et une transparence aux décisions qui sont prises durant un match. Dans un contexte où la moindre décision peut avoir de grosses conséquences économiques, cet outil apporte une vraie sérennité à l'arbitre. Dès la saison prochaine, la vidéo sera appliquée dans le Top 14. C'est une bonne nouvelle, à condition qu'elle soit utilisée avec parcimonie. Car il faut laisser un peu d'humanité à l'arbitrage.

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06/09/2007

«Serge Besten devra contrer Hernandez»

Juan Martin Hernandez à l'ouverture? Il a les qualités pour évoluer à ce poste et possède une classe incroyable. Stratégiquement, c'est même bien joué de donner un rôle clé à celui qui est considéré comme le meilleur joueur du monde. Dans cette configuration, Serge Betsen devra le contrer. Pour les rencontres face à la Géorgie et la Namibie, l'entraîneur des Pumas pourrait faire reculer Hernandez à l'arrière. Face à des équipes qui rendent beaucoup le ballon, ça lui permettrait de se mettre en évidence et d'améliorer sa condition physique.

La charnière argentine a des caractéristiques bien différentes de celle des Bleus. Hernandez a une jeu au pied énorme, capable de faire reculer la défense. Pichot, c'est un filou. Il va passer son temps à râler. Côté français, Mignoni est un n°9 régulier, qui ne tentera pas de coups de folies mais va respecter à la lettre les consignes de Bernard Laporte. David Skela est quant à lui intraitable en défense.

Mais pour moi, ce match d'ouverture se jouera devant. Si le pack des Pumas prend l'eau, les trois-quarts ne pourront pas s'exprimer. J'ai quand même l'impression que cette équipe argentine a atteint sa maturité, avec des joueurs qui évoluent au plus haut niveau depuis quatre ans. 

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05/09/2007

Le rugby professionnel en France: entre nostalgie et modernité

1. La professionnalisation du rugby ou la rhétorique du changement

 

S'il est une évidence assez largement partagée dans le monde du rugby, c'est bien celle d'une profonde mutation de celui-ci aussi bien aux plans national qu'international et en raison de son ouverture officielle au professionnalisme depuis 1995. Les termes qualifiant ces transformations ne trompent pas sur l'ampleur du phénomène : bouleversement et révolution attestent la fin d'un rugby amateur devenu désuet et marquent l'entrée dans une ère nouvelle composée d'échanges et de relations à la fois sportives et marchandes largement mondialisées. Ainsi à l'occasion de la coupe du monde 2003, le journaliste, Richard Escot dressait pour L'Equipe Magazine un bilan couvrant les cinq éditions de l'épreuve depuis 1987 en ces termes : «Au début était la mondialisation puis vint la commercialisation, la professionnalisation, et la préparation scientifique» (1). Dans le même temps, Frédéric Thérin, journaliste au Monde soulignait quant à lui que «L'organisation [de la coupe du monde de rugby 2003] a été gérée comme une entreprise» (2).

A l'échelle nationale enfin, les journalistes Jean-Pierre Dorian et Thierry Magnol livrent une radioscopie éloquente du rugby français dans un ouvrage intitulé L'argent secret du rugby et dont la quatrième de couverture annonce l'ambition des auteurs : «Comment ce sport, réputé pour son immobilisme, son snobisme, mais aussi pour sa générosité, ses extravagances, son anticonformisme et ses troisièmes mi-temps, parvient-il à rentrer dans la norme imposée par les lois de l'économie et du business?» (3)

«Rugby d'avant»/«Rugby d'après», une distinction restrictive

Amateur avant 1995, devenu professionnel par la suite, le rugby a considérablement changé, soit. Pourtant, focaliser les observations sur les transformations les plus manifestes conduit à ne lire et ne comprendre le rugby qu'à travers la notion de changement, érigée pour la circonstance en véritable rhétorique capable d'expliquer à elle seule tout ce qui s'y passe et tout ce qui s'y joue. Faire de la professionnalisation la clé de toutes les évolutions à partir de la saison 1995 incite à penser le jeu en termes de «rugby d’avant» et «rugby d’après». En France par exemple, le rugby serait traditionnel jusqu'en 1995 avec les qualités et les défauts propres à la notion, c'est-à-dire tout à la fois familial (le club comme communauté de référence), social (les dirigeants de club offrent des emplois aux joueurs) et festif (les fameuses troisièmes mi-temps) mais aussi paternaliste, immobile et en incapacité au sens littéral de s'adapter aux exigences économiques du moment comme le suggèrent les journalistes évoqués au-dessus.

Par contraste, l'après 1995 signerait l'ère de toutes les nouveautés, nouveaux dirigeants, nouveaux comportements, nouvelle donne économique, en bref l'ère de la modernité résolument engagée dans les affaires, professionnellement rationnelle mais peut-être aussi inhumaine et désincarnée. Selon le point de vue adopté par l'observateur, le couple d'opposition tradition/modernité peut verser soit vers la douce nostalgie d'une époque révolue et pourtant si riche au plan humain, soit vers la franche exaltation d'un rugby ouvertement tourné vers l'économie de marché et ayant mis un coup d'arrêt définitif aux rémunérations occultes et à l'hypocrisie latente des anciens. Si le rugby français a bien connu des changements structurels par la voie du professionnalisme, il convient cependant de s'interroger sur les raisons qui conduisent les observateurs à n'évoquer les choses quasi exclusivement que sous l'angle de la tradition et de la modernité car d’autres analyses sont possibles… 

 

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  (1) Richard Escot, "1987-2003, ce que le mondial a changé", L'Equipe Magazine, samedi 4 octobre 2003, n°115, pp. 46-54.
  (2) Frédéric Thérin, supplément au Monde du jeudi 9 octobre 2003, p. 3.
  (3) Jean-Pierre Dorian, Thierry Magnol, L'argent secret du rugby. Paris : Plon, 2003. 


En difficulté, le XV parlementaire doit s'adapter

«Si tous ces mecs sont députés, soit ils étaient tous profs de sport avant d'être élus, soit il y a musculation obligatoire avant chaque session au Parlement sud Africain!» Au terme d'une partie perdue 22 à 12 contre le XV parlementaire Sud Africain, l'amertume m'inspirait ce commentaire un rien de mauvaise foi, malgré tout. En effet, les XV parlementaires qui s'affrontent dans leur coupe du monde depuis une semaine sur les pelouses franciliennes (Clamart, Charlety, Colombes) ne sont pas exclusivement composés de parlementaires. Leurs collaborateurs ou les fonctionnaires des assemblées composent la colonne vertébrale des équipes. Et logiquement, quand se glissent au cœur du pack néo-zélandais deux ou trois fonctionnaires et costauds maoris ou que la ligne de trois quart sud-africaine dépasse à peine les trente ans de moyenne d'âge et affiche un deux ou profils franchement bodybuildés, vous pâlissez un peu.

Mais ne cherchons pas d'excuses, le XV parlementaire français s'est incliné à deux reprises en affichant de sérieuses lacunes en défense, et soyons honnêtes, l'essentiel des points concédés l'ont été au moment où notre équipe alignait un nombre important de parlementaires sur la pelouse. Il reste demain à affronter l'Argentine pour notre dernier match (venez nombreux à Colombes, au stade Yves-du-Manoir). Et là, outre la pression d'éviter fanny à domicile (trois matchs trois défaites), il ne faudrait pas qu'on porte la scoumoune au seul XV de France qui compte, celui qui s'alignera autour de Raphael Ibanez vendredi soir. Toutes les ressources sont donc mobilisées.

On se souvient d'ailleurs d'un talonneur anglais jugé «trop jeune» par les Français, et fraternellement abreuvé la veille du match par quelques gars de chez nous, solides au comptoir... Un talonneur sorti plus tard sur une chaise roulante, la conscience en berne et les entrailles si malades qu'il rata le coup d'envoi du lendemain. Le XV parlementaire français a su par le passé s'adapter quand il le fallait. Demain, il n'a plus le choix, il faudra gagner.

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04/09/2007

Maintenant, il faut oser

La liste des vingt-deux joueurs retenus face à l’Argentine ne me surprend
pas vraiment. Il y a une certaine logique par rapport à l’état de forme des
joueurs. Maintenant, il faut se lancer, il faut oser. On connaît la force
des Argentins. Ils ont un pack lourd et imposant. Bernard Laporte a fait son
équipe en fonction de l’adversaire, en mettant cinq avants sur le banc
susceptibles de relever le défi physique des Pumas. Sur ce match, cela
semble être la solution adéquate. Sur le long terme, il faudra sans doute
prendre davantage d’arrières pour garder une certaine émulation. On peut
quand même s’étonner que Frédéric Michalak et Sébastien Chabal ne soient pas
titulaires, alors qu’ils ont tout pour être les moteurs de l’équipe de
France.  


Maintenant, la grande question est de savoir comment Bernard Laporte et Jo
Maso vont manager ce groupe de trente joueurs. Soyons clairs: la
qualification se jouera face à l’Argentine et l’Irlande. La Namibie et la
Géorgie n’ont pas la prétention d’atteindre le niveau des Bleus. Ce sera
l’occasion de faire reposer certains cadres et d’entretenir une dynamique de
groupe. Si on ne fait pas jouer la concurrence à fond, on ne pourra pas
compter sur des remplaçants disponibles et totalement concernés.

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